Index des noms de famille dans les ouvrages de Jean-Marie Thiebaud

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Articles: Conférence - Origine des noms de famille


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 Titre: Conférence - Origine des noms de famille
 Ecrit par: Jean-Marie Thiébaud

  L’ORIGINE DES NOMS

par Jean-Marie Thiébaud

Quelques définitions :
Onomastique : science des noms propres
Anthroponymie : science des noms des personnes physiques
Toponymie : science des noms de lieux
Microtoponymie

Cognomen (cognomina) : surnom des Romains. Après le prénom et le nom, il constituait habituellement le troisième nom du tria nomina du citoyen romain (prænomen, nomen, cognomen). Exemple César qu’on connaît dans nos livres d’histoire sous le nom de Jules César s’appelait en réalité Caïus Julius Cæsar. Cæsar signifiait « éléphant » en carthaginois alors que beaucoup imaginent que ce mot vient du verbe cædere, tailler, inciser, couper, car César serait né par incision d’où le nom de césarienne (Aurelia survécut à son naissance mais ce fut peut-être le cas d’un de ses ancêtres, ainsi extirpé d’une femme morte. La première césarienne connue sur une femme vivante ne date que de l’an 1500 : Jacques Nufer, châtreur de porcs à Siegerhausen (Thurgovie) obtint l’autorisation d’accoucher ainsi sa femme, Marie Alepaschin, qui survécut et eut ensuite plusieurs autres enfants. Le mot césarienne n’a été retrouvé dans la littérature française qu’en 1581 (François Rousset, Enfantement césarien, Avignon, 1561).
Les prænomen étaient souvent oubliés dans la société romaine où on rencontrait des Julius, des Caïus, simplement suivis d’un cognomen. L’histoire s’est souvent contentée de rappeler le nomen et le cognomen (en les francisant, ce qui n’est pas le cas en Allemagne, en Angleterre, etc., où on les conserve sous leur forme latine). Depuis l’an 240, les consuls prirent un décret réservant le cognomen au seul fils aîné. Ex : chez les Scipion on distinguait ainsi plusieurs branches Scipion Africanus, Scipion Asiaticus, Scipion Nasica. Ces trois noms d’abord en usage chez les patriciens d’étendit ensuite au plébéiens.
Quant à Cæsar, ce cognomen sera ensuite porté par les empereurs romains et on retrouve la racine de ce mot dans l’allemand Kaiser et le russe Tsar.
Matronyme : nom donné par la mère
Patronyme : donné par le père
Hagionyme : nom de saint
Hagiotoponyme : hagionyme utilisé comme nom de saint (ex : Saint-Claude, connue précédemment sous le nom d’un éponyme, Saint-Oyand, Oyand, † 510, ayant été le 4e abbé de l’abbaye, Saint-Oyand, hagiotoponyme, remplaçant Condat, toponyme rappelant la position topographique du lieu, à la rencontre de deux rivières, condate étant le mot gaulois pour confluent, nom qu’on retrouve dans le Midi sous la forme de Condé).

Noms de baptême jusqu’au 11e, 12e, 13e, 14e siècle. Ils étaient peu nombreux : Jean, Jacques, François, Guillaume, Pierre, François, Nicolas, Claude pour les hommes, Marie, Jeanne, Elisabeth (Isabelle), Françoise, Marguerite, Catherine, Claude, Anne pour les femmes. 25 à 30 prénoms représentaient plus de 90% de tous les prénoms médiévaux. D’où, suite à la démographie croissante, la nécessité de créer des centaines d’hypocoristiques puis de surnoms (restés surnames en anglais) et devenus noms chez nous tandis que le nom (de baptême), placé devant le nom, devint le prénom.

Hypocoristiques (caressants, donc familiers, doux, affectueux) : Jean a donné Jeannot, Jeannin, etc., mais aussi des diminutifs d’hypocoristiques (Jeannenet) ou des hypocoristiques associés à des adjectifs. Puisque Jean peut donner Grandjean, Petitjean, Grosjean, Jeannin peut donner Béjeannin, etc. Bel se prononçait « bé » à une époque où l’accentuation n’existait pas. Pierre a donné Perrin, Perret, Perrod, Perrot, Parrenin, Parnet, etc. Jacques a donné Jacquet, Jacquot, Jacquin, Jacquemet, Jacquemot, Jacoulet, Jacoutot, etc. Marguerite a donné Marguet, Margerin et la plupart des patronymes commençant par Marg- (Margot, Marguet, très nombreux en Franche-Comté) . L’adjectif pouvait se placer aussi en fin de nom : Grandjacquet, Jeanpetit, Jeanningros. L’obésité était très souvent montrée du doigt : Gros mais aussi Grosclaude, Grosdemange, Groshenry, Grosjean (très nombreux ce qui confirme la prééminence du prénom Jean au Moyen Âge), Grosdidier, Groslambert ; Grosmaire, Grosperrin pour ne prendre que les noms précédés de l’adjectif Gros dans les seules pages bisontines de l’annuaire téléphonique 2010, dont plus de 60 Grosjean. Les descendants de ces Gros sont-ils gros ? Statistiquement, plus que la moyenne.

L’apparence physique a souvent été source d’inspiration

- Couleur des cheveux : Leblond, Blondin, Blondeau, Griset, Leblanc, Blanchot mais aussi Poiblanc (comme le commissaire), Brun, Lebrun, Brunet, mais surtout Roux, Leroux, Roussel, Rousset, Roussey, Rousseau, Rousselet, le signalement de cette couleur plutôt rare attirant l’œil et permettant d’identifier rapidement celui qui en était porteur. La qualité de la chevelure a aussi donné Beaupoil, Belpois ou Belpoix, La calvitie : Calvet, Calvin, Chauvet, Chauvin, etc. Foltête peut être soit une tête de linotte soit une tête couverte de cheveux ébouriffés.

- Taille (Courtot, Courtet, Grand, Legrand, ou associé à un nom de baptême : Grandpierre, Grandjean, Grandperrin, Grandguillaume)

- Maigreur (Maigret, Maigrot) ou, plus souvent encore, l’obésité. Gros, Legros, bien évidemment (éventuellement accolé à un nom de baptême : Grosjean, Boille, du latin botulus, désignant l’intestin, le ventre, il n’est pas étonnant que ce mot ait donné que des pansus se soient vus affublés des noms Boillat, Boillet, Boilley, Boillod, Boilloz, Boillin, etc. (environ 70 à 80 pour la seule ville de Besançon). On retrouve la racine de ce nom dans la boille qui, en Bourgogne, est un panier large et ventru pour porter la vendange, tandis qu’en Suisse et dans le Haut-Doubs, la boille ou plutôt la bouille est un gros bidon cylindrique servant à transporter du lait.
- Des caractéristiques physiques apparentes : Boichut, Boichard (grande bouche), Courbet (pour un homme voûté, plus par cyphose que par vieillesse), Dodane (bossu), Épaulard (homme aux larges épaules), Chevènement et Chevassus (pour les grosses têtes), Camus (pour les nez courts et plats)

- Beauté : Mignot, Bé…

- Les noms se terminant par –ard sont le plus souvent péjoratifs : Saillard, Bittard, Couillard, Pansard, Braillard (parlant fort ou pleurnichant), Chopard)

Le caractère : s’il y avait des bons (Bonjean, Bonvalot, etc.), les contemporains étaient encore plus volontiers portés à stigmatiser les mauvais avec l’adjectif « mal », souvent dérivé localement en « mau » placé devant le nom. Mauvais au sens de méchant mais aussi de « pas dans la norme », « pas comme il faudrait, qu’il s’agisse du lieu où l’homme habitait ou de l’homme lui-même :
MALATERRE : mauvaise terre
MALPAS : mauvais pas (passage)
MAUCHAMP : mauvais champ
MAUGENDRE : mauvais gendre
Avec des prénoms : COLIN a donné MALCOLIN et MAUCOLIN
De même MAUJEAN, MALJEAN, MALLAURE, MALLAURENT, MAUPER(R)IN : très peu dans le Jura, sans aucun chauvinisme. On y trouve plus volontiers des Bonjean et c’est heureux
Mais aussi avec des sobriquets : Malaisé n’avait pas le sens qu’on pourrait lui actuellement de personne « mal à l’aise », mais de mal bâti, de difforme. Malatrait, qui n’attire pas, désagréable ; Malcuit, surnom de mauvais boulanger (profession qui en souvent pris pour son grade) ; Malfilâtre, mauvais gendre ; Mauchrétien, mauvais chrétien ; Maudru, qui n’est pas dru, donc pas solide, pas gaillard (inversement, DRU(T) et donc LEDRUT signifiait solide, athlétique, bien bâti : Guy Drut aurait-il hérité une partie de sa forme physique de ses lointains ancêtres ?) ; Malnoury, Maunoury : mal nourri

Sans oublier des cocus : Cornu, Trochut, etc.

D’autres sobriquets
Des noms pouvaient être transformés :

- par aphérèse (suppression d’un ou deux phonèmes au début du mot) : comme on dit bus pour autobus, il y avait COLAS (pour Nicolas), COLIN (pour Nicolin) et ses diminutifs COLINET, COLINEAU, COLIGNON, etc., MONNIN, MONNOT (pour AYMONIN (Emonin), AYMONOT), THEVENIN (pour ESTEVENIN), MONNET (pour AYMONNET, lui-même diminutif d’AYMON).

- par apocope (chute d’un ou plusieurs phonèmes en fin de mot (ciné pour cinéma, vélo pour vélocipède) : BARTHE (pour Barthélemy), des variantes (BERTHET, BARTHOD) et ses diminutifs (BARTHELET, BARTHOULOT). Cet usage des apocopes se multiplie actuellement, cette mode venant surtout des pays anglo-saxons : Tom, Ted, Brad, etc.

Lieu de l’habitation : repères géographiques facilement reconnaissables

Situation générale : ex : Dudessus (du village, s’entend), Ducreux, Dutriez (d’un endroit ou se croisent trois chemins, un carrefour)
Lieu d’habitation ou d’origine comme Dubourg, Laville, Delaville, Ducatel (du château) ou indiquant une proximité immédiate : Delamarre, Dubac, Dubois, Dujardin (ou Desjardins), Dulac, Dumont, Dupont, Duroc, Dubois, Dufour (ou métier), Dumoulin ou Desmoulins (comme Camille), Duval, Laforêt, Dupâquier (du pâturage), Duperrier (lieu pierreux ou carrière de pierres), Duplain (sur la partie plane d’un terrain accidenté), Dupré, Deschamps, Dupuis (et sa variante méridionale Dupoux), Duru (le ru étant le ruisseau) et ses variantes régionales (Duriau, Durieu ou Durrieu (x)) et sa variante Bach (comme Jean-Sébastien et une infinité de diminutifs), Duvivier (d’une maison possédant un vivier à poisson), Deschaseaux, Deschazeaux, patronyme fréquent en Franche-Comté, à rapprocher de Casal, Chasal.

Arbres et arbustes : Dubuisson, Dufresne, Dunoyer (de Ségonzac), Duchêne (Duchesne), Dulaurier, Dufrêne (Dufresne) (ou Fresnay sans préposition, comme Chêne et sa variante archaïque Chasne – évolution de la graphie parfois comme le nom commun correspondant, d’autres fois non, comme on le verra pour des noms de métiers comme Monnier/Maunier/Meunier), Dupin (faux ami possible car possibilité également d’un nom de métier par ellipse (nouveau terme à inscrire dans votre petit glossaire d’onomastique, sous-entendu « l’homme du pain ». Une règle d’or : ne jamais se fier à la graphie qui évoluait au gré des caprices des copistes), Dupoirier (ou Poirier), Delorme.
Un peu plus difficiles : Duteil (du tilleul), Duquesne (variante picarde de Duchêne), Dufay (« fay », hêtre) avec des variantes graphiques comme Duffet qui, d’emblée, ne permettent plus de comprendre le nom. Duronzier (d’un endroit rempli de ronces), Duvernoy d’un lieu planté de vernes, i.e. des aunes), Fahy, Faillet (dim.), Fayard (à rapprocher de « foyard »), Duverdier, Verdier (car verdier, c’est selon les régions un verger, un garde-forestier ou une localité d’où 3 étymologies possibles). Fouilloux, Dufouilloux (habitation près d’une feuillée), Duroure (nom du Forez, du Massif Central, « du chêne rouvre »), Genet*, etc.

Noms d’origine géographique : Bulle, Defrasne, D’Houtaud (il existe plusieurs familles D’Houtaud à Houtaud, près de Pontarlier), Pontarlier, Decreuse, Delagrange (il existe d’ailleurs une très ancienne famille Delagrange, de La Grange (25)), Demesmay, Demolombe, Sainthillier (de Saint-Ylie près de Dole), Saintoyant, Épenoux (70), Épenoy (25), Rougebief (ancien nom de Saint-Antoine), etc.
Certains noms de lieux deviennent noms de personnes après syncope, c’est-à-dire chute d’un ou plusieurs phonèmes situés à l’intérieur du mot. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose dans le savoir, vous faites tous les jours des syncopes sans même le deviner, ne serait-ce qu’en disant Bzançon au lieu de Besançon. Rancourt (88) a donné Drancourt ; Riaucourt (55) Driaucourt, La Rivière (25) Drivière. Malenfant (mauvais enfant) a donné Malfant (Malfanti en italien)
Association possible entre en prénom et un nom de lieu
Guidevaux, Jeandenans
Par contre Besançon (et ses diminutifs, Besancenet et Besancenot) est le type même du faux ami en onomastique : c’était un nom de baptême).

Ce ne sont pas les hommes qui ont donné leurs noms aux lieux mais le contraire à l’exception de lieux-dits, de hameaux : La Seigne-Bernard, Les Essarts-Cuenot, Les Bichets, Les Receveurs (au Bizot), Le Cerneux-Péquignot, Le Cerneux-Monnot, etc.

Sauf pour les familles féodales qui n’ont jamais porté de nom : Guillaume, comte de Bourgogne (Guillaume de Bourgogne), les branches cadettes devant de Chalon, de Chalon-Arlay, etc., en fonction des terres dont elles avaient hérité ; Amaury, sire de Joux dit Amaury de Joux par les historiens par commodité

D’origine plus lointaine : Bret ou Le Bret (Bretagne), Bourgoin(g) (Bourgogne), Dartois, Danjou, Normand (Lenormand), Poitou
De pays étrangers :
Lallemand (pour tous ceux qui venaient d’un pays germanique),
Bade, Badois
Baverel (Bavarois)
Schwob/Schwab (Bavière),
Langlois (Angleterre)
Catala (Catalogne)
Gallois
Gantois, Gantois (Gand)
Lombard (Lombardie et, plus généralement tout le Nord de l’Italie)
Lescot (Écosse)
Ar(r)agon
Zurcher (Zurich)
Freiburger : Fribourgeois (de Suisse ou d’Allemagne, c’est parfois la généalogie ascendante qui tranchera).
Pisani : origine de Pise
Genevois (Genève et, en général la Suisse francophone)
Röhmer : faux ami : pas originaire de Rome mais ayant fait le pèlerinage à Rome, comme celui à La Mecque vaut à celui qui l’a accompli le qualificatid de « El Hadj »
Et même Defrance, car la France, ne l’oublions pas, c’était le pays d’à côté, l’étranger.
D’ailleurs le patronyme Lestrange signifie tout simplement l’étranger (qu’on retrouve avec Bellatrix Lestrange née Black (mais épouse de Rodolphus Lestrange), sorcière qui s’est engagée au service de Voldemort en tant que Mangemort, mais là, seuls les passionnés de Harry Potter pourront comprendre…Pour les moins jeunes, on retrouve des Lestrange au hasard des romans d’Agatha Christie.

Noms de baptême dont certains aujourd’hui rares au point qu’on ne sait même plus que c’en étaient :

ARNOUX
ART(H)US : qui était la façon dont on prononçait Arthur à la fin du moyen Âge
AUBERT
AUBRY
AUGER
BÉLIARD (qu’on retrouve dans Montbéliard)
BOURQUIN (et le diminutif BOURQUENEZ)
CUENIN, CUENOT
DEMANGE, DEMONGEOT, DEMOUGE (de Dominique). MOUGE, MOUGEOT, MOUGIN (qui sont des formes nées d’une aphérèse). Il existe aussi DIMANCHE aussi bien comme nom que comme prénom.
DESLE (nom de baptême très fréquent en Haute-Saône, Deicolus en latin, souvent traduit abusivement en Deicole)
DONAT
DROZ
DURAND (et sa forme latine DURANDUS)
EUVRARD et ÉVRARD (Euvrard étant la forme labialisée d’Évrard, labialiser étant prononcer un phonème en arrondissant les lèvres, du latin labium, lèvre).
GABET : du norois gabb, plaisanterie, moquerie
GARNIER (et le diminutif Garneret)
GIRARD (GIRARDET, GIRARDOT, GIRARDIN, GIRARDON)
GUYOT
HUET, HUOT (diminutifs de Hue)
HUGUENIN (HUGON, HUGUENET, HUGUENOT)
HUMBERT
JACQUEMARD, JACQUEMIN
LAMBERT
LIGIER (et les diminutifs Légerot, Ligerot), forme régionale de LÉGER (évêque d’Autun, tué vers 677 par Ebroïn, maire du palais de Neustrie).
MOUGIN
ODOBEL (prononcer Odobé), ODODEY, ODOBEZ, nom typiquement jurassien, dérivé régional probable d’Odobehrt ;variante d’Obert (Obrecht en Alsace-Lorraine), nom d’origine germanique
OGIER
OUDOT
OUTHENIN
PERNET, PARNET, PARRENIN, PERNOT, PERNOD, PERRENOT, PERREY, PERRIN (Perrenot), hypocoristiques de PIERRE
SERVOIS
THEVENIN (THEVENET, THEVENOT)
THIÉVENT, ÉTIÉVANT, ÉTIÉVENT
VUILLAUME, Vuillemet, Vuillemin (et le diminutif Vuilleminot), Vuillet, Vuillard, Vuillin, etc. (formes locales de Guillaume et de ses dérivés), tout comme Guy possède sa traduction comtoise qu’on retrouve dans le nom la commune de Saint-Vit ou dans les bagages Louis Vuitton, le 1er Vuitton, création de la marque, étant le fils d’un meunier de Haute-Saône. William en anglais, Wilhelm en allemand, etc.
Un moyen pour savoir si un patronyme est un ancien nom de baptême, c’est chercher s’il a donné des diminutifs.

Il existe aussi des matronymes dérivés de noms de baptême féminins :
COLETTE, LAJEANNE, MARION, MARGOT, NICOLE (comme Nicolas Nicole (1702-1784), architecte franc-comtois auquel on doit l’église Sainte-Madeleine de Besançon), PERNETTE (nés souvent portés par les enfants d’une femme seule, célibataire ou prématurément veuve)

Une des caractéristiques de l’anthroponymie comtoise est la fréquence des patronymes formés de deux prénoms accolés en un mot ou en deux mots :
JACQHUMBERT (à Morbier)
JEANBOURQUIN, JEANCLAUDE, JEANDROZ, JEANGIRARD, JEANGUILLAME, JEANGUYOT, JEANMONNOT, JEANMOUGIN, JEANPERRIN
PERRINGUYOT
GUYONVERNIER
GUYOT-JEANNIN
DROZ-BARTHELET, DROZ-VINCENT

Partout ailleurs en France, des noms sont nés par divers procédés dont voici un exemple :
- Le composé phrastique : surnom composé qui constituait originellement une phrase entière : l’homme qui boit de l’eau, Boileau.

Mots médiévaux comme :

BESSON, jumeau.
CHAMPY, CAMPIS : enfant trouvé dans les champs (cette signification est attestée depuis 1390)
MUTTERLOS (MEUTERLOS en Franche-Comté)
Le verbe rob(b)er, voler, a donné ROBBE et un nom composé ROBBE-GRILLET, spécifiquement franc-comtois.

Métiers : S’il était bien un repère, c’était la profession, surtout dans les campagne où quiconque n’était pas laboureur pouvait aisément se faire identifier par son métier. Le plus bel exemple comtois est FAIVRE (en fait, le patronyme le plus répandu en France, bien avant Martin si on additionne tous les formes graphiques : FAVRE, FABRE, FAURE, FEBVRE voire FEBURE, LEFÈVRE, les diminutifs FAVRET, FAVROT, etc.). Par contre, MARTIN, prénom moins porté de nos jours, était à l’évidence le saint le plus populaire de France à en juger au nombre de communes qui portent son nom. Il tire sa célébrité d’un geste inconcevable pour un légionnaire romain.

Si le FAIVRE est l’homme qui travaille de ses mains, le CLERC est celui qui préfère se servir de ses neurones), LECLERC également mais aussi les diminutifs CLERGET et CLERGEOT sans oublier des noms composés comme JEANCLERC (comme il y a des JEANFAIVRE, des JEANMAIRE, des JEANMASSON, des JEANROY, etc.), JOLICLERC, PETITCLERC.

BARBIER (au sens du chirurgien-barbier médiéval)
BATEMAN (surnom de batelier dérivé du néerlandais),
CHAP(P)UIS : charpentier
CHARRELIER, CHARLIER, CARLIER : charron
CHÂTELAIN
CHOGNARD (fabricant de chogne, boulanger)
FAVIER (producteur ou marchand de fèves)
FERNIER (contraction de ferronnier), FOURNIER (boulanger) et FOURNERET
GAGNEUR : laboureur
LEMIRE (médecin)
LUL(L)IER : fabricant d’huile)
MAGNIN ou MAGNIEN : chaudronnier ambulant
MAIRE (de seigneurie) (PETITMAIRE, GRANDMAIRE, VIEUXMAIRE) et, en allemand, SCHULTZ,
MARCHAL : maréchal-ferrant
MASSON : faux ami. Pas le maçon (au sens actuel) mais l’architecte
MÉNÉTRIER, MÉNÉTREY : artisan fabricant d’instruments de musique, musicien, héraut d’armes, etc.
MONNIER (meunier, monnier voire maunier se retrouvant encore dans des textes du 18e siècle) et MONNERET, MONNEROT (sans oublier les variantes MUNIER, MUGNIER, MUNERET, MUNEROT et même quantité de MEUNIER lorsque la graphie du patronyme s’est alignée sur celle du nom commun correspondant, Meunier étant donc un nom de famille d’apparition relativement récente).MULLER en allemand, MILLER en anglais, MOLINERO en espagnol, MOLINARO (MOLINARI) en italien, MJÖLNARE en suédois, MOLNAR en hongrois, MORAR en roumain, MILINER en breton, MLYNAR en tchèque, MELINYDD en gallois, MELNIK en russe, etc.
Tous semblent dérivés du latin MOLINARIUS (et la persistance des consonnes MLN ou au minimum ML, les voyelles ne servant qu’à relier des consonnes :
GUILLOT = GUILLET ; MONNOT = MONNET.

Aucune importance non plus pour la graphie GUILLOT, GUILLOD, GUYOT, etc.

PÂQUIER, PASQUIER : propriétaire ou exploitant de pâquis, de pâturages.
PÉLISSIER et PELLETIER (fourreur), PEUGEOT, PÉGEOT (fabricant de poix), PERRIER (carrier, patronyme fréquent dans le Jura, une perrière étant une carrière de pierres), POURCHET, POURCELOT (porcher), POUT(H)IER (potier)

PROST (prévôt) et une quantité de noms composés dans le Haut-Jura : Prost-Bayard, Prost-Boucle, Prost-Couturier, Prost-Dumont, Prost-Lacroix, Prost-Petit, Prost-Petitjean, Prost-Romand, Prost-Tournier, Prost-V(u)illard, etc. Le Doubs, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort ont souvent préféré conserver la forme complète PREVOT.

RECE(P)VEUR, ROUHIER ou RUHIER (charron, fabricant de roues), SERGENT (huissier), TAILLARD (menuisier-charpentier), TISSOT, TIXIER, TIXERAND (tisserand), TOITOT (couvreur), TOURNIER (tourneur sur bois) et TOURNERET, LHOTE, LHOSTE (aubergiste dit « hôte public »), SAU(L)NIER (ouvrier du sel), SOCIER (sorcier, signifiant sourcier), TABELLION (notaire), TUPINIER (fabricant-marchand de toupins, petits pots de terre), BANNELIER (officier seigneurial qui a même donné son nom à une famille de la région de Pont-de-Roide, exemple rare d’une famille où on a pu remonter jusqu’à un Bannelier, bannelier de la seigneurie de Neufchâtel-Bourgogne), CUVIER (qui est plus un fabricant de cuves plutôt qu’une famille originaire de Cuvier dans le Jura), DORNIER (potier) et DRONIER (métathèse), VALET (domestique, Varlet, écuyer) avec des adjectifs (Bévalet, Bévalet, Bonvalet, Bonvalot, Gutknecht en allemand), VACELET (petit vassal), CORVOISIER, COURVOISIER, CREVOISIER (tous deux très francs-comtois, bel exemple de métathèse, comme dans les noms communs, le mot médiéval formage, devenu fromage, les métathèses devant toujours être présentes à l’esprit lorsqu’on étudie des lignées généalogiques dans les R.P.), CORVISIER, CORVISART (cordonnier, de l’ancien français corvois, cuir de Cordoue).
Autre exemple de Métathèse : GRENIER pourrait certes avoir désigné le propriétaire de grenier mais, en réalité, ce patronyme est une métathèse de GARNIER, prénom fort en usage au Moyen Âge.

Le cas particulier de BOUHÉLIER mérite qu’on s’y attarde :

Certains « métiers » n’étaient en fait que des moqueries : Moine, Lemoine, Prêtre, Lévêque, Cardinal , Curé, Vicaire, Lapostole (exemple de l’intérêt à connaître des mots en usage au Moyen Âge). De même les pseudo-titres de noblesse : SEIGNEUR, BARON, MARQUIS (et MARQUISET), COMTE, LECOMTE (ou LECONTE), DUC, LEDUC, PRINCE et leurs versions allemandes fréquentes en Franche-Comté : HERZOG, GRAF(F), HERR, PRINZ, PRINTZ, ce qui prouve que les sources d’inspiration pour la création des patronymes est la même des deux côtés du Rhin mais aussi dans l’Europe entière : noms de baptêmes, noms d’origine géographique, sobriquets, noms de métiers et environ 10% de noms tellement déformés au fil du temps, tellement réécrits après des changements de langue qu’il est impossible d’en cerner l’origine avec certitude.

Des noms de métiers d’origine étrangère d’usage moins courant et donc moins connus ont pu, par exemple, être déformés, transformés :
- Par romanisation : WECHSLER (changeur, banquier) est devenu VAXELAIRE.

Des noms français subissent
- des remotivations, des changements de sens suite à une réinterprétation erronée : ex : Sénéchal qui devient Sénécharles.
- des vocalisations, par passage d’une consonne à une voyelle : Morel devint Moreau, Roussel Rousseau et quantité de Mal (Malcourant, etc.) Mau (Maucourant), Malbuisson Maubuisson. Malcorps Maucorps (mal conformé), Malnoury Maunoury déjà vus précédemment.

Sans compter avec des allers-retours de traduction, une des plus belles histoires en la matière étant celle de certaines branches portant le patronyme Dreyfuss. (Trois Pieds – Trépied, Three Feet = Yard).

D’autres mots ne semblent plus nous dire grand-chose alors qu’ils étaient courants autrefois :

CARÊMENTRANT : mannequin de paille qu’on promenait dans les rues le mercredi des Cendres avant de le brûler. Ce sobriquet était donné à l’homme qui promenait ce mannequin ou qui ressemblait à ce dernier ou encore qui faisait grise mine comme entrant en Carême.

TROCHU, CORNU : cocu CORNUET (diminutif). Cocu a donné aussi Cocuel(le), Cocuau mais COCU perdure avec toutes les variantes possibles (confirmation du fait que le nom de famille est donné par les autres et se voulait volontiers ironique)

AGNUS, DOMINE, MAGNIFICAT, PATER, NOBIS : surnoms de chantres.

PAYEN : paysan (du latin paganus). En russe, un paysan se dit Krestianni (Krestiannié au pluriel) car ce sont les paysans qui, les premiers, se sont fait baptiser vers l’an 1000.

ROY (LEROY) et LEMPEREUR

Il y a aussi en Franche-Comté quantité de noms d’origine germanique dont, bien évidemment des noms de professions :

- APOTHEKER (Alsace), mais il existe aussi l’équivalent français APOTHICAIRE et BOUTICAIRE, POTICAIRE par aphérèse de la syllabe initiale
- ARTZ, ARTZNER : médecin
- ASSENMACHER : charron
- BECKER (forme tardive de Bäcker), BECKMANN : boulanger
- BREUER : brasseur
- DRESLER, DRESSLER, DREXLER, cette dernière forme étant un peu plus facile à prononcer, étant plus fluide comme nix au lieu de nichts) : tourneur
- GOLDSCHIMDT : orfèvre
- KAUF(F)MANN : marchand
- KELLER* (à la fin du 19e siècle à Morbier) : employé du cellier
- KESSLER : chaudronnier
- KIEFFER : tonnelier
- KOCH : cuisinier
- KUSTER : gardien du trésor de l’église et, plus tard, sacristain
- METZGER : boucher
- MULLER : meunier – WEISSMULLER
- SCHER(R)ER : tondeur de drap
- SCHINDLER : couvreur, du verbe schindeln, « couvrir de bardeaux). A rapprocher de la couverture en shingle (bardeaux bitumeux), mot d’origine américaine signifiant bardeau.
- SCHMIDT : forgeron (Smith en anglais, le patronyme le plus répandu Outre-Manche)
- SCHNEIDER et ses variantes (Scheit(t)er) : tailleur, tisserand
- SPIELMANN : jongleur, saltimbanque
- STENMETZ : tailleur de pierres (ainsi que STEINMANN)
- SULZER : fabricant de salaisons
- SUT(T)ER : cordonnier (de même que SCHUMACHER)
- WAGNER : charron
- WEBER : tisserand
- WECHSLER : changeur, banquier
- ZILBERMANN orfèvre, orfèvre venant lui-même de « fèvre de l’or », le forgeron, l’artisan de l’or
- ZIMMERMANN : charpentier

Sans oublier des sobriquets comme BABISTER et qui désignait le pape dans les régions de l’Est (équivalent du nom francophone LAPOSTOLE).

Noms par ellipse : Desjeux (l’homme des jeux, tenancier d’un jeu de boules ou de paume)
Fils de :
Dujean, Lajeanne (par ellipse : fils de la Jeanne)
Alasseur (dans le Bourbonnais).
Aumaître (fils au maître, à la sœur, selon des tournures qui ont subsisté dans le langage populaire)
Alavoine (l’homme à l’avoine, producteur)

Pour finir quelques étymologies de noms de familles propres au Haut-Jura :

ALIX : matronyme
ARBEZ : dérivé d’Arbert, Herbert, donc un ancien nom de baptême.
BERARD : nom de baptême
BILLOT : aphérèse de Robillot, diminutif de Robert.
BOLAY, dérivé de boul, bouleau (arbre caractéristique du domaine)
BOSSET, BOUSSET (sa forme labialisée) : bossu
BUFFARD : dérivé péjoratif de l’ancien français bufe, buffe, coup, gifle. Surnom probable de bagarreur.
BURLET : de burle, plaisanterie, raillerie. Surnom d’un homme moqueur.
CHAP(P)UIS : charpentier (du verbe chapuiser).
COTTET : aphérèse de Jacotet. Idem pour Cotin, Cotat, etc.
CRETIN, CHRITIN, CRISTIN : faux amis : dérivés de chrétien
DAL(L)OZ : fils d’Alodier, c.a.d. du tenancier d’un alleu, d’un fief.
LAVENNA, DELAVENNA : On pourrait croire que ce nom vient de l’avoine (qu’on appelait avenne au Moyen Âge). Mais Lavenne est aussi un hameau jurassien de la commune de Cinquétral et, justement, c’est à Cinquétral qu’on en trouve le plus.
GRATTARD (finale péjorative), de gratter, laboureur : Surnom de mauvais laboureur. Le sens péjoratif des mots en –ard perdure dans quantité de noms communs : flemmard, traînard, jobard, vantard, cossard, pantouflard, crevard, toquard)
HUGON : prénom, hypocoristique d’Hugues
LAMY : sobriquet, au sens de l’amant
MALFROY : nom d’origine germanique
MANDRILLON (nombreux aux Rousses) : porteur d’un vieux manteau (mandrille)
MICHALET et MICHAUD : deux hypocoristiques de Michel de l’ancienne forme Michal, les noms en –al s’écrivant indifféremment (ex : Bidal, Bidau(l)x ; Laval, Lavau(l)x)
MOREL : brun de peau comme un Maure (Moreau, etc.) alors que brun de cheveux, c’est Brun, Lebrun, etc.)
PETETIN : diminutif de Petit (comme Petitot)
RAYMONDET est bien évidemment un diminutif de Raymond
REVERCHON : nom typiquement franc-comtois et jurassien : c’est un dérivé de l’ancien français reverchier, fouiller, bouleverser en cherchant. Sobriquet d’un homme brouillon, désordonné ? En onomastique, à côté de patronymes dont l’étymologie est parfaitement connue, on reste parfois sur des hypothèses…
ROBBE : on l’a vu
ROMAN(D) est une variante du nom de baptême Romain et comme on est dans le Jura, pays des noms composés : PROSTROMAND (qu’il faudrait prononcer Proroman …)

Problème de fils de … (en français)

- Son en anglais : Jackson, Jonson
- Sohn en allemand : Mendelsohn
- Sen en danois : Jensen, Andersen
- Vitch en russe (ovna pour les femmes) et vic en slave
- Oglu en turc : Mihailoglu (le fils de Mihail)
- Ez en espagnol : Martinez, Ferdandez, Sanchez
- Es en portugais : Henriques, Gomes, Fernandes, Gonsalves
- Ian en arménien : en fait, qui appartient au clan de (Aznavourian, Antonian, Androssian, Markossian, Hagopian, Simonian, Petrossian)
- Poulos en grec : Constantinopoulos
- Fitz (pour les fils bâtards des rois d’Angleterre : Fitz-Roy, Fitz-Moritz, Fitz-James, Fitz-Gerald
- S final en Flandre (le s du génitif) : Peters, Jansens, Willems, etc.
- Ben, Ibn en arabe, Ben en hébreu (Benguigui, Bensaïd, Benamou, fils du beau-père)
- Mac en écossais : McGregor, McArthur, MacDonald, Mac-Mahon
- O’ en irlandais : O’Neal, O’Brien, O’Connor. Mais il y a aussi un nombre à peu près égal de Mac
- Ski en polonais (ska pour les femmes) : Poniatowski (le fils de Poniatow)
- Escu chez les Roumains : Ceaucescu, Basilescu (le fils de Basile)
- Et en français ? à, de, à la, au, etc.




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